Un petit article
Nostalgie...
Bien des fois je vocifère tout seul, je m'acharne sans cesse à me détruire, en affirmant que je suis la plus grande des erreurs...
Pour preuve hier, mon père m'a appelé, et pour un motif ridicule, aussitôt, en raccrochant j'ai balancé une chaise de la cuisine dans un meuble et j'ai donné un bon coup de pied dans la porte.
Cette force, cette rage.
Mais, pas aujourd'hui...
Aujourd'hui, je me souviens, je me rappelle de ces instants de ma vie homo. Pas très nombreux, mais qui au fil du temps, avançent. Des chenilles, des légionnaires, des fourmis vertes.
Petit retour en arrière...
Ma première rencontre avec un garçon :
C'était au lycée. En terminale. Depuis la seconde j'avais trouvé dans le chat Caramail un incroyable moyen de connaître un peu le monde homo. Mais, très naïf. J'ai décidé de rencontrer un garçon,
pour la première fois. C'est stressant. C'est toute une montagne adolescente, émotive, qui s'accroche au ciel en piallant des sourires électriques.
Je ne sais plus son prénom. Maxime, je crois. On s'est appelés un soir. Je devais l'appeler à minuit. J'étais terrorisé. C'est lui qui m'a appelé. Bredouillant, notre conversation s'éteignit
rapidement dans la nuit.
Le lendemain, je devais le voir. C'était l'année du bac. Je me rappelle qu'il faisait beau. Je devais sécher un cours, celui de philo. Moi l'élève studieux qui n'a jamais sciemment séché un
cours.... J'avais essayé de me faire beau. Acte incongru à l'époque, car je me considérais vraiment laid, mais j'avais un mince espoir de lui plaire. Bien que tout ceci m'était encore inconnu.
On devait se donner rendez-vous sur une place, un parking, et s'appeler. Il m'appelle. Il dit qu'il ne me voit pas. On se voit enfin!
Seulement, là c'est le drame.
En me voyant, il fait demi-tour.
A cet instant, j'ai réalisé dans mes petits tourments, que je devais réellement être laid pour le faire fuir ainsi. Puis il est revenu, sûrement conscient de sa bêtise.
J'avais 18ans. On s'est baladés. Je me souviens de quelques phrases... "Depuis combien de temps tu le sais?" "Depuis combien de temps tu sais que tu l'es?"
Jamais le mot "homo" ne fut prononcé.
On s'est quittés en se promettant chacun de se rappeler sans y croire vraiment...
Encore une fois
C'est en prépa cette fois ci. Les années les plus troubles de ma courte existence. La révélation : oui je suis homo, j'aime les mecs, c'est certain, mais personne ne doit le savoir, non, personne
ne doit savoir que je suis comme ça...
C'est sur le chat que j'ai rencontré un garçon appelé Edwin. Il m'a envoyé des photos de lui. On a passé des moments sur le chat à se connaître, à jouer les grands, et à escalader les petites
montagnes blanches des débuts.
Les brouillons charmants, les sms, les "JTM"...
On s'est rencontés une seule fois. Béthune. Je suis venu le voir. Il était avec des amis hétéros. On a parlé, discuté, il m'a offert un petit ours en peluche. On s'est même fais la bise, chose si
inhabituelle pour moi.
On est restés en contact jusqu'à l'année dernière, il me semble. Par sms.
Depuis, plus rien.
Ces esquisses, ces incompréhensions, ces attirances, ces peurs, le doute. Incendies dans un géranium. Je me souviens.
Je me souviens de ces débuts si tremblants, si timides.
Aujourd'hui
Avec le recul, peu de choses ont changé ou presque. Après quelques déboires, et une vraie histoire de trois semaines réellement belle avec un garçon appelé Nicolas, je suis encore dans un parc, à
attendre, à regarder les oiseaux verticaux, les chiens automates et les garçons qui courrent.
J'ai 24 ans aujourd'hui et j'ai de l'espoir encore derrière cette noirceur.
Je suis passé de la couleur noire, à une forme de gris-bleu.
Je rigole toujours pour des bêtises, je suis toujours aussi timide pour n'importe quoi. Traverser une allée avec des gens, demander quelque chose. Je souris bêtement. Je suis gêné.
Mais je ressens.
Je ressens...!
Chaque papillon sous l'eau, chaque traversée de colère polaire.
Je ne suis pas encore confiant, sûr; mais je me dis, ce n'est pas grave, personne n'aspire à être parfait. J'écris pour me donner l'illusion de vivre, je lis.
J'écoute de la musique, sans cesse, comme pour boire l'atmosphère, des arbres qui dérivent sur mes interférences.
Je ressens...
Laurent, Claudio, ces amours qui n'existeront pas, laissent la place à d'autres tentatives... peut être plus réussies ou non.
Je suis toujours le même. Quand un garçon vient près de moi. Je me sens rougir. Si ce garçon me plaît, je deviens maladroit, je ne parle plus avec la même assurance. C'est ce qui se passe
actuellement avec un garçon de capes, sans rien faire il me séduit, me gêne et me trouble.
J'avance toujours, même sous les mauvaises pluies, car je ressens, je ressens...je vis...