Aujourd'hui c'est l'anniversaire de ma mère. Et ce jour est un jour d'une sobriété extrême. Rien, un peu de vent, du gris étalé dans le ciel, même pas de pluie.
Ce soir, remise des cadeaux. Hier je suis allé, après les cours, chercher un bouquin dans les rayons de Brunet. J'y ai trouvé un livre appelé, si ma mémoire est bonne "La montagne volante".
Je suppose que mon frère et surtout mon père n'auront rien acheté.
Avant-hier j'ai eu une drôle de sensation.
Je conduisais, il faisait un soleil étrange, c'est à dire que la lumière ne se diffusait ni en face ni dans le dos, mais sur le côté. Cela m'a gêné. Je me sentais bien. J'avais l'impression d'être un point. Un miniscule point dans un méli-mélo d'accidents et de bitume. Je devais ressembler à un personnage infime, comme pouvaient l'être les maisons d'une vue d'avion (d'ailleurs, les incessants ballets de voiture, dans l'avion de retour de Laponie, ressemblaient à des fourmis biomécaniques). Alors, je me suis senti encore mieux. Rien ne pouvait me toucher, ni m'avaler. J'étais comme débordant d'incommestibilité. J'étais en vie dans une bagnole cahotante. Mes conneries, mes envies, mes quelques sentiments n'avaient aucune importance. Rien. Aucune buée, aucune sueur dans mon coeur. J'étais dans un état de sérenité intense.
Même chose lorsqu'une bourrasque de vent me faisait avancer. Je pouvais marcher sans faire l'usage de mes jambes. En gros, j'étais invincible.
Ce soir, pépiements légers avec ma mère. Fatigue qui étourdit, monstre râleur.
Je me rappelle avec émoi cette année de prépa, où j'accompagnais mes futiles rêves (déséquilibrés) de Charles, ce garçon obsédant. Rien à me raccrocher aujourd'hui, des bouts de peaux, tout au plus.
Une fois de plus, je m'endors sans avoir vécu.
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