J'ai décidé de faire un peu de ménage dans tout ça.
Je suis retourné à la BU pour acheter des bouquins. Envie de changer, car mon mémoire me fout le cafard. Je préfère prendre des livres au hasard, je ne sais pas à l'avance et me lancer dedans. J'en
ai commencé un hier, très prenant, amusant, et déroutant.
Bien que dans mes idées sournoises je me dirige vers la BU pour y croiser ce garçon décidémment hypnotique (quoiqu'avec le temps....) j'avais réellement envie de me diriger vers de nouvelles
lectures.
Il était là, et en ignorances convenues je ne lui ai pas adressé le moindre regard, la gêne évidemment, et un sentiment semblable à la neige que l'on se débarasse dans les cheveux.
Entre temps j'ai fais la connaissance avec un garçon rencontré sur le net. Echanges brefs. Le tout a terminé en pugilat. Je dois dire que j'ai probablement un sale caractère mais la personne en
face en avait aussi.
Je reçois donc quelques messages haineux de sa part.
Je recommence à écrire. C'est pas encore sûr et bien peu assuré, mais ça vient doucement.
Je suis heureux. Heureux car quelque chose s'est confirmé : ma meilleure amie d'enfance est bien lesbienne. Quand j'y repense, cela m'amuse. Nous étions les meilleurs amis du monde. La vie allant
elle préfère les filles, et je préfère les garçons.
On pensait se marier et avoir des enfants. Je vais essayer de la recontacter. Elle est allé à la Gay Pride de Lille. J'ai même remarqué, sur l'une des photos, une ancienne connaissance de
prépa.
Tous les jours sont plus ou moins difficiles. Je résiste. Mais comment? Je n'en sais rien. Parfois je suis abattu, défaillant, puis après je me ressaisis, plus fort et plus endurant.
J'ai toujours été différent. Différent du pays dans lequel je vis, différent. Mais parfois, je me prends à rêver : je ne suis qu'une seule personne parmi tant d'autres, mais bien différentes.
Le monde et les médias m'amusent. Je ne me reconnais pas avec l'esprit actuel. Des choses convenues, faciles, factices, faussement complaisantes.
Et ces émissions snobs, crachant la modernité bleue avec bien peu de consistance.
Je reste parfois, au soleil, dehors, pour ressentir.
Dans ces moments, la Nature vient m'envelopper. Je ne sais pas ce qui se passe. Mais tout est si grand. Si profond.
Je peux aussi paresser en songeant à des idées absurdes.
Les codes, parfois je passe dedans sans m'en rendre compte. J'aspire à autre chose. Cet autre chose ne possède pas de nom, mais je le sens, vivant, dans mon ventre, il arrive, se produit, déchire,
et résiste à tout.
C'est ce qui me tient en vie.
Je ne veux pas refuser cette absurdité si belle.
Je dois écrire et ressentir.
Et toutes les rues, les parages, tous les Laurent et les Claudio de l'univers baignent dans une onde indécente.
J'ai parfois l'impression de n'être compris de personne.
"Mais personne ne m'écoutera...."
Au fond, est-ce si grave?
Je vais encore me transformer, le cuivre dans les yeux, les ailes chargées d'éléctricité.
Je vais devenir un être nouveau, mangé, dévoré par moi-même, traversant la terre, pour toucher tes mains, renaître sans le vouloir.
C'est pour ça que je ne suis pas mort.