Hier ce fut une journée rude. Sans aucune raison apparente. Actes inexpliqués. Absurdes. Hier j'ai revu Claudio aussi sans le voir, ni le vouloir même, non au contraire.
Bien au contraire je suis allé rendre des bouquins et en prendre de nouveaux. Une anthologie de poésie espagnole, des contes hispano-américains, un bouquin et un ouvrage sur la Bible. J'en ai
besoin. J'ai vagabondé silencieusement dans une atmosphère brumeuse d'été.
La bibliothèque presque entièrement vide. Quelques étudiants, à peine. Je suis allé m'installer en bas, sur une table de quatre, pas loin d'un étrange personnage. Le genre de garçon rivé à son
livre, comme avalé par les pages, immobile, sans sourire, ni mimique. J'ai lu. J'avais un peu chaud. J'ai entendu des gens derrière. Un temps. Un instant. Puis ils sont passés et par réflexe j'ai
regardé. C'était eux. C'était lui. C'était Claudio. Je n'ai même pas regardé, à peine, je n'avais plus envie.
Hier je n'avais plus envie. J'ai renoué avec un garçon sur Msn. On a rigolé, on a allumé la cam pour discuter. Je m'entends bien finalement avec lui. Il me trouve beau. Je trouve ça idiot.
Hier je n'avais plus envie. Je cherchais une ombre dans l'immense dépotoir. Une fresque glissante pour m'y mouvoir plus à l'aise, comme dans l'eau, barbotter à la surface, avec des pissenlits.
Je pense que je vais voir mon médecin pour qu'il me prescrive quelque chose, je ne sais pas, des petites gélules qui font que ça va mieux.
Je crains la solitude maintenant. Pas la solitude inerte, non, celle où l'on se retrouve seul avec ses idées rampantes, serpentaires malins, brusques.
Que ferais-je face à eux?
Hier dans l'auto, en conduisant mon frère, je lui ai dis que j'étais préocuppé, par des soucis autre que mon Master, mon Capes, et je n'ai pas réussi à en dire plus. Je ne veux pas lui donner trop
de souci, il passe son permis la semaine prochaine.
J'ai trouvé Des plumes dans la tête de Sylvain Chauveau et j'aime bien. Parfait pour écrire. Rien de bien joyeux. C'est seul, c'est ondulant, c'est si fragile, ces notes de piano qui volent à peine
au dessus du sol.
Maintenant, je sais que je vais devoir encore trouver de la force, j'en ai, pour continuer, pour vaincre le serpent blanc qui vient me détourner, chaque jour avec toujours plus d'entêtement.
Je ne le laisserai pas venir.
Hier la pluie est tombée, folle, ahurie peut être même d'être là partout, sur les herbes, riant dans les trottoirs, un peu éméchée, probablement.